BROWN-OUT : INTERVIEW DE BÉRENGÈRE DEMENAIS (2/2)

Après le burn-out et le bore-out, c’est au tour du brown-out de faire son apparition dans les pathologies liées au travail. Bérengère Demenais, Consultante en Recrutement et Psychologue du Travail chez Co-Efficience, revient sur cette souffrance qui reste encore méconnue du grand public…

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  • Comment expliquez-vous le fait que de nouvelles pathologies apparaissent de plus en plus fréquemment ces dernières années ?

B : Je ne pense pas qu’il y en ait plus de nos jours. C’est juste que ce sont des pathologies différentes qui sont aussi le résultat d’une multitude de sujets. Le premier élément qui explique ceci réside dans le fait que la vie personnelle est moins dissociée de la vie professionnelle qu’auparavant et ceci, notamment à cause l’omniprésence des outils digitaux dans notre quotidien. De nos jours, tu consultes tes mails sur ton portable dans la voiture le matin avant de partir, tu travailles sur ton ordinateur portable où que tu sois, notamment chez toi, avec la pratique du home-office, phénomène qui n’aide pas à dissocier nos deux vies. Récemment, il y a une loi qui est sorti sur le droit à la déconnexion : ça montre à quel point la frontière est fine entre vie perso et vie pro. Et tout ceci a un impact énorme sur notre mental.
  • Comment expliquez-vous le lien entre les « bullshit jobs » et le brown-out ?

B : Il y a un lien de cause à effet direct entre les bullshit jobs et le brown-out. Le fait d’être sédentaire derrière un pc, d’avoir la même position et tous le même rythme de travail fait qu’en tant qu’individu, tu te questionnes énormément sur ce que tu peux apporter au monde, à la société, soit des questions très fondamentales finalement. Enfin, il y a l’accès facilité à l’information qui pèse dans la balance. Aujourd’hui, il n’y a pas un article sur Internet qui ne traite pas d’une problématique. On en vient au stade où on crée des problématiques et donc, pour donner sens aux sujets, on théorise tout et ainsi, peut se dire expert de tel ou tel sujet. Le problème avec tout ça, c’est qu’on en arrive à vivre sur un monde de préjugés. Il existe un nombre incalculable d’articles qui traitent de « Comment se comporter avec la génération X, Y, Z ? » avec des modes d’emplois qui, en réalité, mènent à des erreurs managériales impressionnantes. Ainsi, l’accès à l’information amène toute sorte d’interprétation, pour le meilleur comme pour le pire.
  • Comment peut-on composer avec ces nouveaux éléments actuels ?

B : Là encore, il n’y a pas de solution magique. L’entreprise se déshumanise de plus en plus actuellement. On est tous à les uns à coté des autres mais on parle tous par le biais d’ordinateur. On peut revenir à un système de communication simple mais toutes les entreprises ne sont pas prêtes à le faire. J’entends par « simple », une communication plus naturelle et authentique que tous les process complexes qui sont mis en place dans la plupart des sociétés. Au final, je trouve la communication plus « vraie »dans les PME où le management est le plus horizontal que dans les grandes structures où la hiérarchie se fait ressentir dans les relations interpersonnelles.