VERS LA FIN DES OPEN SPACES ?

« 59% des actifs occupés se disent gênés par le bruit au travail » en 2019. Alors l'open space constitue-t-il une bonne ou mauvaise configuration d'espace de travail de nos jours ?

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Imaginé il y a plus de soixante-dix ans, l’open space est devenu, petit à petit, l’aménagement le plus répandu dans les entreprises de nos jours. Toutefois, « 59% des actifs occupés se disent gênés par le bruit au travail » en 2019. Et si finalement, le décloisonnement des bureaux n’était pas une bonne idée ? Et si on avait délaissé, à tort, le besoin de solitude, indispensable pour réaliser un travail de qualité ?

L'open-space à ses débuts :  le remède à tous les maux 

C’est au sortir de la Seconde Guerre Mondiale que les frères Schnelle, spécialistes en organisation du travail, émettent l’idée de « bureaux ouverts » afin de favoriser la communication entre les collaborateurs au sein d’une entreprise. Le concept fait son bout de chemin et en 1980, « l’open space » prend vie : abaissement des cloisons et création d’îlots de travail dans un espace commun appelé « plateau », tel est le nouvel environnement de travail pour bon nombre de salariés. Pour les sociétés, l’enjeu est avant tout social et économique : les patrons espèrent ainsi accroître la productivité de leur entreprise en favorisant l’émulation collective en plus de gagner de la place dans leurs locaux. L’évolution de l’open space a donc, tout naturellement, modifié les comportements de travail des collaborateurs : la barrière hiérarchique est plus subtile et les interactions entre managers et employés se voient être plus naturelles. Et ce fonctionnement a plus d’un avantage dans son sac, comme l’affirme Bérengère, Consultante en Recrutement chez Co-Efficience : « Au-delà de l’ambiance, c’est l’accès aux informations qui est facilité. On peut avoir les réponses quasi-instantanément lorsque l'on a une question ». De surcroît, les collaborateurs ont le sentiment de travailler ensemble sur un projet commun – celui de contribuer à l’essor de leur entreprise – et chacun à l’impression de mettre sa pierre à l’édifice à sa façon. Mais à trop vouloir privilégier la communication non-stop, et donc à entretenir un bruit ambiant, n’est-on pas en train de basculer dans la contre-productivité ?

Un mode de travail pas si fonctionnel …

Opter pour un open space comme espace de travail démontre que le patron de l’entreprise cherche à accroître la cohésion et l’efficacité au sein de sa société, ou simplement, résoudre le problème du manque de place dans ses locaux. Cependant, « les bureaux ouverts » peuvent aussi apparaître comme un facteur de mal-être pour les collaborateurs et pour cause : le bruit ambiant, le stress, l’agitation non-stop et la diminution de l’espace personnel ne jouent pas en la faveur de l’open space. En effet, lorsque l’on travaille sur un plateau, « notre cerveau serait interrompu toutes les 11 minutes et il lui en faut 23 pour se reconcentrer sur sa tâche » (« Votre Cerveau au travail », David Rock, 2018). Autre stat’ qui fait tâche : « 53% des salariés travaillant en open space considèrent le niveau sonore trop élevé comme une gêne dans leur travail » (Source : INRS).  Alexia, Consultante en Recrutement Commerce chez Co-Efficience, se sent plus que concernée par ce désagrément : « Tu as des bruits parasites sans cesse, tu entends les conversations téléphoniques des autres constamment… Et parfois, tu as des moments de calme absolu, mais là aussi, c’est perturbant ». L’équation est rapide : plus de proximité et moins d’espace personnel = plus de stress et moins de productivité. Et ce train-train quotidien fait des ravages : on a deux fois plus de chances de poser un arrêt maladie en travaillant en open space qu’en bureau fermé. De quoi expliquer l’avènement de pathologies récentes telles que le brown-out qui fait de plus en en plus de malheureux dans le monde actuel de l’entreprise.

Quelles alternatives possibles ?

S’isoler pour mieux travailler

Si l’on s’en réfère aux études sur le sujet, travailler dans un espace commun ne participe pas forcément à une sorte d’union entre collaborateurs, bien au contraire. En effet, le problème réside dans le fait que l’open space peut être perçu comme un moyen de contrôle sur le travail des employés. Et c’est là qu’apparaît un paradoxe d’envergure : pourquoi vouloir tout maîtriser alors que le management entrepreneurial actuel prône plus de flexibilité et de liberté sur les lieux et horaires de travail ? Le compromis parfait – qui satisferait employés et patrons - serait donc de créer des espaces d’isolement pour pouvoir prendre des heures « hors-plateau » afin de respirer un peu, être plus efficace et moins distrait. Alexia confirme : « Parfois, je sature. Alors personnellement, je trouve que mettre des espaces d’isolement serait utile, surtout dans une ère digitale où l’on peut avoir des outils mobiles qui peuvent te permettre de bouger un peu partout dans l’entreprise ».

Flex-Office : l’évolution de l’open space

« Moderniser les espaces de travail sans les rendre interchangeables », tel serait le nouvel objectif des entreprises. Les Millenials, nouveaux acteurs sur le marché du travail, sont plus que sensibles au bien-être et aux locaux dans lesquels ils exerceront. En effet, un sondage de l’ESSEC datant de 2018 le prouve : c’est « 83% des jeunes diplômés qui ne rêvent pas d’open space et coworking ».  Et bon nombre d’entre eux seraient prêts à revenir aux bureaux fixes pour avoir une stabilité et une intimité digne de ce nom. Par manque de place dans les locaux, les entreprises d’aujourd’hui ont dû trouver une parade : le flex-office. L’idée est simple : aucun bureau n’est attribué alors chaque collaborateur s’installe où il le souhaite chaque matin. Le but ? Se concentrer sur ses missions plutôt que sur son espace personnel. Cette solution ressemble beaucoup à un effet de mode et s’avère être aussi peu coûteuse qu’inefficace : les salariés sont perturbés par rapport aux changements de place, ne gagnent pas plus en intimité et ne se retrouvent pas aussi libres comme on leur avait pourtant promis. Alors finalement, à trop chercher à modifier quelques détails sur le fonctionnement de l’open space, ne faudrait-il pas changer totalement d’aménagement de travail ?